liées à des sujets d'actualité, de culture générale, d'histoire, de tourisme .....
11 Novembre 2006

Photo M@rie
Le salon des éditeurs de Midi-Pyrénées a ouvert ses portes (et sa fenêtre) du 10 au 12 novembre, accueilli dans les magnifiques et illustres salles des Pélerins, salle de la Chapelle et salle des Colonnes de l'Hôtel Dieu Saint Jacques. Rassembler en un même lieu tous ceux qui oeuvrent pour un partage du pluralisme culturel est un évènement à saluer (et visiter) à l'heure des concentrations des sociétés d'édition sous deux bannières nationales. Vingt pourcent des parts de marché restants sont régionalement générés par une centaine de petites maisons d'éditions qui optent pour une identité éditoriale au gout local, de grande qualité, innovantes.
A l'heure de la volatilité des informations, du web ce nouveau continent impalpable, incontrôlable, de la multiplication des modes de communication, la valorisation et la pérennité de ces livres, de ce papier, de cet encre, de cettte imprimerie, de ces photographies, de ces créateurs, de cette chaîne éditoriale, nécessitent de nombreux soutiens à l'instar de celui de la Région avec l'appui du Centre régional des Lettres, organisateur de ce salon. Lire et écrire. Eveiller et s'éveiller. S'exprimer en laissant une trace.
Au travers de cette fenêtre ouverte sur le petit port de la Daurade et l'eau de la Garonne qui coule au pied du salon des Editeurs, l'esprit se laisse emporter vers ces rives d'un autre fleuve où l'imprimerie a impacté l'humanité irrémédiablement, en Europe. Transmettre durablement son savoir, transmettre ses valeurs, et faire perdurer au delà de la mort repoussant ainsi l'intangible peur humaine de la disparition. Appuyée à la fenêtre, le souvenir d'une lecture récente m'entraîne loin, très loin, en Flandre sur le vieux continent.
Texte M@rie
Voyage en 1500 ...à Antwerpen ou Anvers - Belgique.
"Anvers, 1500-1560 : l'heure de l'imprimerie. .....Anvers n'a encore que 20 000 habitants quand, vers 1450, elle devient le principal lieu d'échange des produits d'Europe du Nord contre les épices ramenées maintenant d'Afrique et d'Asie par les navires portuguais et espagnols. ... La bourse d'Anvers devient le premier centre financier d'Europe pour l'assurance, les paris, les loteries ; s'y échaffaude un réseau bancaire sophistiqué utilisant de nouvelles monnaies d'argent...tel le "gros", pour financer le commerce extérieur. Leçon pour l'avenir : finance et assurances, étroitement liées, constituent une dimension essentielle de la puissance marchande. Anvers est aussi - comme le seront d'autres coeurs - le premier illustrateur industriel d'une innovation technologique majeure venue d'ailleurs : les "caractères mobiles de l'imprimerie", invention chinoise redécouverte en 1450, en Allemagne, et qui fut d'abord réservée aux détenteurs du savoir religieux; Il s'agit là du premier d'une longue série de progrès visant à augmenter la vitesse de transmission des données. L'écrit devient ainsi la première richesse dont le coût marginal de reproduction est quasi nul. Ce ne sera pas la dernière. le livre devient aussi le premier objet nomade produit en série. Ce ne sera pas non plus le dernier. Le succès de l'imprimerie est foudroyant, tant les nouvelles classes dirigeantes ont besoin de ce qu'elle favorise : la liberté d'expression, le progrès de l'individualisme et de la raison, la diffusion de l'idéal judéo-grec. Vers 1490, soit quarante ans à peine après son introduction en Europe, des presses fonctionnent dans 110 villes d'Europe. Venise d'abord y excelle ; puis Anvers y joue un rôle clé, avec les ateliers de Christophe Plantin. En 1500, vingt millions d'exemplaires ont déjà été imprimés en Europe. Depuis Florence, Marsile Ficin et Pic de La Mirandole font redécouvrir, par leurs livres, l'héritage judéo-grec et arabe soigneusement censuré jusque-là par l'Eglise. Les nouveaux lecteurs découvrent alors que la Bible ne contient pas exactement ce qu'en disent les prêtres ; qu'il existe aussi des essais philosophiques, des romans même, qu'on y parle de raison et d'amour ; qu'un savoir -juif, grec, romain, arabe, perse- leur avait été jusqu'ici soigneusement celé. Beaucoup veulent lire ces textes autrement que dans un latin qu'ils ne pratiquent plus ; les langues vernaculaires bousculent alors la langue de l'Eglise qui n'est bientôt plus que la langue officielle de quelques chancelleries.
Au total, en quelques décennies, l'imprimerie fait s'effronter le rêve du Vatican et de l'Empire romain germanique d'homogénéiser l'europe du latin et de l'Eglise.
Leçon pour l'avenir : une nouvelle technologie de communication, qu'on croyait centralisatrice, se révèle l'impitoyable ennemie des pouvoirs en place"....
Texte Jacques Attali.
Que l'encre coule, que l'eau coule, des vagues de nouvelles technologies sont annoncées -e-journal, e-paper (clic), e-ink (clic), biotechnologies (clic) et nanotechnologies (clic) vont déferler...euh, l'arrosoir risque d'être insuffisant...qui veut prendre le risque de les développer, de les sécuriser au nom de l'Intérêt Général.

Photo M@rie : "Fenêtre de l'Hôtel Dieu ouverte sur le port de la Daurade" - Toulouse - Nov 2006
Extrait de "Une brève histoire pour l'avenir" - Jacques Attali - Editions Fayard - Page 85-87.
Affiche du salon