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Susciter l'humanitude - Oscar, Loïc, Nicolas, Pierre et les autres

Message : Etre médecin, c'est aussi aider les autres à comprendre ce qu'il faut faire, ce qu'il faut comprendre d'une maladie et les guider vers l'acceptation et le mode d'accompagnement des personnes malades. La toute puissance du médecin n'existe pas, sauf dans l'imaginaire des gens qui voient des GGGRRRANDS prrrrofesseurs là où il n'y a que humain et espérance. La vanité et l'orgueil n'ont pas leur place dans la maladie.

 

L' histoire de Loïc ou d'Oscar me revient en mémoire après avoir entendu parler du livre  "Oscar et la dame en rose" d'Eric-Emmanuel SCHMITT. Actuellement adapté et mis en scène, le livre approche un enfant de dix ans dans ses douze derniers jours à l'hôpital dans son parcours en fin de vie et l'accompagnement qu'il fait des personnes qui l'entourent. Il s'agit d'un livre extrèmement tendre qui aborde un épilogue de vie que l'enfant malade, mourrant décide de choisir vrai, paisible et serein.  Il a écrit à Dieu.

A lire absolumment au nom de "l'humanitude" qu'il inspire.

 

 

Photom@rie 2006


Loïc, 16 ans, était d'origine bretonne. Deuxième d'une famille de trois garçons, il était de ces enfants qui avancent sans problème. Je n'en n'aurais jamais entendu parler en tant que mère de copains. Le jour où j'ai eu à en apprendre sur lui, je m'en souviens comme d'un cristal gravé dans le marbre. De ce marbre dont on fait les tombes. Nous étions en voiture, près du Lycée Fermat à Toulouse. Nicolas était le spécialiste de LA question lorsque je conduisais. Comme si le fait de le conduire, le laissait cogiter au point de libérer la parole.

Ce jour là, de sa quinzième année, la question fut précise et nette.  Alors que je venais de trouver une place de parking, je m'apprêtais à serrer le frein à main, j'entends : "Maman, je peux te poser une question?". Ca me prend aux tripes ce genre de question par cette voix là. Je sens Pierre assis sur le siège arrière s'avancer et pencher son buste entre les deux sièges, complice à tout entendre. Ce climat, ces mots me firent penser  que la question était sérieuse, et que la réponse demandait de ma part une écoute hors pair. Je sentais le poids que mes mots allaient prendre dans la vie de ces deux adolescents. Nicolas me faisait confiance sur tout et j'étais sa référence. Je rassemble toutes mes facultés, m'assure que le véhicule est bien stoppé, chaque geste effectué au ralenti comme un suspens avant un moment important. Nicolas semblait comprendre et attendre que je sois concentrée. Quant à Pierre, mon quatrième enfant comme je l'appelle, il est suspendu à Nicolas. Ca y est.

- "Oui bien sûr, Nicolas"

- "Maman, c'est quoi une maladie des ganglions lymphatiques, Hodgkin je crois. Ca peut guérir ? Est ce que c'est grave ? qu'est ce qu'il faut faire ?"

Cette question est en effet grave, la question ne peut concerner qu'un proche, qui je n'en sais rien, de la famille je n'en sais rien, mais qu'importe qui est atteint. Je pense alors qu'ils ont compris la gravité de la situation. La réponse doit leur apporter un mode d'emploi pour eux, les copains, ce n'est pas un cours de médecine qui est attendu. La compassion n'est pas de mise pour l'intant, c'est eux deux assis dans la voiture que je dois aider à accompagner, trouver un sens, donner un rôle à chacun  pour être acteur et être utile pour le copain. La médecine fera le reste en "donnant des soins". C'est le sentiment d'humanitude que je dois donc réveiller ou faire naître, c'est à dire "prendre soin" de quelqu'un.

- "Ce qu'il faut faire, c'est que chaque minute qui passe doit être la plus heureuse possible pour la personne. Il n'y a pas une minute à perdre et quand vous êtes avec lui faites tout pour le rendre heureux." "Oui le rendre heureux, léger, pour qu'il semble voler"

- "Mais, on peut en mourrir ?"

- "On le soigne, il existe des rémissions, des grandes fatiques dues au traitement, des moments de grande forme aussi, des pertes de cheveux ... oui, Nicolas, on peut en mourrir, je ne peux pas te dire le contraire". 

Nous sommes sortis de la voiture, Nicolas ayant donné le top départ en ouvrant sa portière. Il avait entendu, il allait intégrer et mettre en vie les paroles entendues.

Ils furent trois à vivre ensemble la maladie, les traitements, les doutes, les questions. Pourquoi est ce que cela m'arrive à moi ? " les franches rigolades, les repas au Mac Do, ils étaient de toutes les parties. Même de la dernière qui se joua à l'hôpital et que Loïc géra sentant ses dernières forces arrivées. Il demanda à son père de partir chercher Nicolas et Pierre, de les ramener à l'hôpital pour leur dire au revoir. Ce qui fut fait. Pudeur sur ce moment. C'était LEUR moment. Dire au revoir à 16 ans.


Penser l'humanitude, vivre la vie dignement jusqu'au bout, aider dans le respect et la tendresse, c'est le pari réussi de tous ceux qui s'y donnent.

Texte M@rie

 




 

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