Je publie ce jour un article paru dans le Monde et apporte à la suite quelques réflexions sur le consommateur de molécules pharmaceutiques et le système des pharmacies. Perte de la traditionnelle distribution de médicaments remboursés.
Avec la montée des déremboursements, le marché de l'automédication confirme son essor
LE MONDE | 14.02.08 | 14h18 • Mis à jour le 14.02.08 | 14h18
Avec une hausse de 4,1 % en volume et de 4,4 % en valeur en 2007, le marché de l'automédication a vu "sa dynamique confirmée" en 2007, a indiqué, jeudi 14 février, l'Association française de l'industrie pharmaceutique pour une automédication responsable (Afipa). L'an dernier, il s'est établi à 423 millions d'unités et 1,9 milliard d'euros. Soit 6,1 % du chiffre d'affaires du marché total du médicament.
Les déremboursements successifs de produits à service médical faible ou nul ont amené une partie des patients à payer de leur poche les médicaments qu'ils ne peuvent plus se faire rembourser. En 2006, les déremboursements ont contribué à hauteur d'un tiers à la croissance du marché. Mais en 2007, indique l'Afipa, les achats sont la conséquence d'une "dynamique propre". Une "forte pathologie hivernale" aurait conduit les patients à financer eux-mêmes leur lutte contre le rhume, les maux de gorge, la toux, l'état grippal, les diarrhées passagères, les nausées...
Le vrai test de l'automédication aura lieu en 2008 avec l'autorisation donnée par le gouvernement aux pharmaciens de mettre ces médicaments en libre accès devant le comptoir, permettant aux patients de faire leur marché.
Selon l'économiste de la santé Claude Lepen, l'automédication apparaît également structurée par les innovations. Les nouveautés pèsent ainsi pour 2,3 % du marché (tant en unités qu'en chiffre d'affaires) mais contribuent à hauteur de 61 % à l'évolution du chiffre d'affaires 2007.
Outre l'innovation, les investissements de certains laboratoires sur des marques permettent d'accroître leur notoriété. Au hit-parade des médicaments les plus vendus, on trouve ainsi Actifed, Humex et Oscillococcinum (états grippaux), Fluocaril (soins dentaires), Nicorette et Niquitin (tabagisme)... Les 10 premières marques représentent ainsi plus de 18 % du marché (en valeur) des médicaments non remboursables.
DÉSACCORDS SUR LES PRIX
Analysant les chiffres 2007, l'Afipa affirme aussi que l'automédication jouit de "prix stables" qui n'auraient pas augmenté de plus de 0,3 % en 2007. Le prix public moyen des médicaments d'automédication serait même de 4,56 euros la boite (4,54 euros en 2006).
De tels chiffres sont destinés à enrayer l'idée que le secteur des médicaments en "libre service" est victime d'une envolée des prix. Le 9 janvier, la Fédération des syndicats pharmaceutiques français (FSPF) avait ainsi dénoncé les hausses qu'elle jugeait abusives de certains produits comme le veinotonique Daflon (+ 33 %) ou l'antitussif Pneumorel (+ 294 %), tous deux du laboratoire Servier.
Derrière cette polémique, il y a toutefois un enjeu. Les pharmaciens craignent que les laboratoires qui augmentent les prix consentent des remises importantes aux centrales d'achat desservant les réseaux au détriment d'officines isolées, détournant ainsi des flux importants de clientèle.
Yves Mamou
Article paru dans l'édition du Monde du 15.02.08.
Commentaire :
Cet article du Monde est à double tranchant, induisant en erreur le consommateur. La vision économique du marché industriel pharmaceutique peut permettre l'analyse d'une montée de l'automédication, responsable dit l'AFSAPS.. liée au déremboursement des médicaments. Ce qui reviendrait à dire, dans cette optique, que la traditionnelle ordonnance du médecin réalisée dans le cadre d'une consultation, n'avait pour seule fonction que de permettre au patient d'être remboursé des frais occasionnés par l'achat des médicaments. Nous ne pouvons laisser ignorer au patient les autres fondements surlesquels ce fondaient la traditionnelle prescription médicamenteuse. Cet article est bien trop réducteur.
Le patient est devenu un client du système de santé et un consommateur à part entière. Il semble justifié alors qu'il puisse avoir le libre choix de sa consommation. SAUF, que les molécules chimiques qu'il consomme grace à l'accessibillité sans limite aux médicaments, ont des autorisations de mise sur le marché bien établies appelées AMM, spécifiant les indications thérapeutiques permettant leur indication, la posologie. Ils possèdent aussi des effets indésirables, des effets croisés, des précautions d'emploi selon la population ciblée, des contre-indications, un système de vigilnce que l'on nomme "pharmacovigilance" et qui a permis de retirer du marché des produits induisants des effets délétères avérés. Le consommateur malade, je ne parle que des vrais malades, prennent le risque de s'auto-administrer des médicaments inadéquats, voire inutiles ou retardant, masquant les signes d'une pathologie bien plus grave. Le consommateur doit apprendre qu'un tableau de phlébite, d'embolie pumonaire, peuvent par exemple être totalement asymptomatique. Le médecin sera confronté à des symptomes batardisés, souvent trop tard examinés. Que dire de l'erreur d'auto-médication ? Contre qui va se retourner le consommateur pour se faire indemniser ? Lutter contre les OGM, les pesticides, les colorants alimentaires, les enzymes, les hormones animales ingérées dans l'alimentation, le tabac, l'alcool et bientôt les médicaments libérés va devenir un combat légitime. Qui sera le José Bové de l'auto-médication?
Au-delà de la santé du patient, le titre de cet article suggére que le déremboursement induit une auto-médication. Depuis bien longtemps, aux USA, les médicaments sont vendu dans les drugstores, les plus efficaces enfermés et uniquement délivrés sur ordonnance. Que les pharmacies voient dans le déport de ces ventes un risque de "drugstorisation" va sans dire. Le déremboursement de certains médicaments laissés en libre consommation n'a plus de raison de rester dans des lieux appelés "pharmacies". Que les officines y voient, à moyen ou long termes, une perte de chiffre d'affaire, une dépréciation de la valeur de leur commerce, une dévalorisation du diplôme, de leurs missions de santé, une dérive à l'américaine peut se comprendre. Leur repositionnement sur le secteur de la location du métériel médical rentable, est déjà fait. REpenser leur profession et le service au consommateur est en cours. Il n'y a qu'à circuler en Espagne, et dans d'autres pays voisins pour s'apercevoir que la vente libre de certains médicaments est déjà en place, le prix du paracétamol étant par exemple peu cher.
"Avec la montée du déremboursement, le marché de l'auto-médication ...essor" mais alors, pourquoi ne pas avoir déremboursé plus tôt, ce qui aurait évité le "TROU" et la "DETTE" que le système de Santé a creusé depuis si longtemps. Il a fallu attendre que les caisses soient vides pour que le système se réforme et ne rembourse pas tout médicament. Si la protection sociale fut à l'ère du machinisme une nécessité pour soigner les gens des campagnes venus dans les villes au plus près des usines fin XIXèsiècle, ne fut elle pas le creuset de nos déficits économiques ? Et voilà que tout d'un coup...les consommateurs sont aptes à se soigner tout seuls, sans assurer la sacro-sainte protection sociale vestige du machinisme, victime de l'emballement.
Je vous annonce la mort de la "Protection Sociale" (1890 - 2008), symbole du droit aux soins pour tous, une partie laissée à l'assurance sociale, l'autre à des assurances ou ressources privées. Il faudra déterminer ce qui sera déremboursé et ce qui ne le sera pas.
Après le "malade imaginaire de Molière", je vous fais part de la naissance du "malade responsable", innovation à suivre de près.
Texte M@rie.