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Histoire d'un plan de chasse et d'un tipi - pensées

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C'est au petit matin de samedi, que les chasseurs se sont donnés rendez-vous et qu'après moultes palabres et consignes, nous avons regagné en 4*4 le lieu de la chasse. Le cerf et la biche étaient dans la ligne de mire.

J'y ai été conviée la veille, et personne ne peut savoir à quel point j'attendais ce matin où je suivrai une équipe de chasseurs au petit matin. D'autant que j'en connais et apprécie beaucoup d'entre eux. Pourquoi au petit matin ? parce qu'enfant, j'entendais après les préparatifs de la veille, mon grand-père et mon père s'éclipser discrètement de la maison familiale de Montesquieu  Volvestre pour partager une complicité de vivre ensemble dans la nature et revenir bredouilles ne les dérangeait pas. C'est donc encore un rêve d'enfant que je vis, comme d'aller aux champignons. Je lisais, avant mes 9 ans, le bonheur de ces deux hommes. Je décidais à l'époque que j'irai à la chasse un jour et que je vivrai au milieu de chasseurs pour découvrir ce moment si particulier, originaire de la nuit des temps. L'homme est toujours parti à la chasse pour ramener à manger dans la grotte. Je trouve que ce rite qui se perpétue au travers des siècles, apporte l'assurance d'une pérennité de l'espèce et d'une transmission intergénérationnelle.



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Les piqueurs partirent, chiens en laisse dans un premier temps, les postiers se postèrent au niveau des points probables de passage des gibiers. J'ai suivi les piqueurs qui marchaient jusqu'au point le plus bas du vallon boisé, pour y lâcher les chiens. Lancés sur les traces du gros gibier, ils se sont mis à partir en hurlant dans une direction. Les chasseurs restaient en attente d'un coup de fusil qui peut-être suivi d'un deuxième leur annoncerait la touche d'un animal. Alors, m'expliquèrent-ils, un coup de corne pour un chevreuil, deux coups de corne pour une biche, trois coups de corne pour un cerf donnés par le tireur officialiseraient la réussite du tir et le type de gibier atteint. Dans l'après midi, un cerf et une bichent tombèrent, mais le match de rugby avait eu raison de la chasse. 

Le repas fut des plus conviviaux que j'ai pu vivre, la camaraderie de ces hommes nés au pays étant très perceptible. J'aime observer le bonheur des hommes se retrouvant. Cela n'a rien à voir avec des assemblées de femmes. Encore mon enfance qui me guide dans cette recherche de contacts : mon père était très impliqué dans la vie politique de sa terre et moi sa fille, je le suivais dans l'ombre et parfois il en discutait avec moi après ou me grondait d'avoir pris la parole sans y être invitée. Il m'a appris à vivre en société, à créer du lien en permanence. Je n'ai jamais rencontré de difficultés dans ce domaine et je pense que j'en étais consciente à sa mort. Je me suis sentie très mûre très jeune, sans crainte d'aller dans la société, je savais grâce à cet apprentissage précose me positionner.  Depuis, me sentir reléguée au rang d'enfant ou de femme dévalorisée ou de professionnelle exclue m'insupporte. J'ai du longtemps chercher la raison de ces scénarios de vie qui se renouvelaient et me faisaient réagir. D'où les nombreuses lectures, écoutes, écrits que j'ai du mener pour comprendre, me comprendre. J'écoutais leurs conversations, leurs rires. J'observais la façon qu'avait mon père d'entrer en relation avec tout le monde. A l'âge adulte, malgrè sa mort, je continue à aimer ces moments privilégiés. D'où mon intérêt pour observer les hommes d'action. J'ai cherché longtemps la raison qui me poussait à recréer ce type de situation. Je suis séduite par l'instant. C'est rassurant. Malheureusement beaucoup pensent être "approchés"... c'est n'importe quoi, je ne séduis pas, je m'en moque de tout ça, alors je ferme les yeux et je me rappelle la main de mon père posée sur mon épaule. "Demain est un autre jour" et je continue.

Revenons à ma chasse qui me laisse le temps de penser pendant que nous marchions longuement. Chacun avait amené sa spécialité culinaire ou la tarte à la rhubarbe fameuse de son épouse. Tout était très bon et la décontraction de l'atmosphère me sauta aux yeux. J'aurais aimé que mon frère soit là. Il aurait du vivre de telles amitiés masculines dans son adolescence. Je pensais fortement à lui et je me répétais que abandonné par les hommes de la famille ou amis, après la mort du père il n'avait pu tisser des liens forts de confiance, de fierté, de puissance. Car ces hommes animés de cette amitié se sentent intégrés et reliés. C'est du sens donné à la vie. Les hommes fabriquent les hommes. Les garçons doivent quitter les jupes maternelles pour se retrouver entre hommes. C'est la croyance que j'ai. Je peux me tromper. Mais Philippe, je t'avais emmené avec moi dans cette chasse et mes yeux voyaient pour toi. Le deuil est fait. Je ne fais que valider mes croyances. 

Avoir des enfants fut un immense bonheur et un cruel dilemme  : ne pas les perdre. Si ce pari est gagné aujourd'hui,  ce sont trois générations et maintenant quatre générations de femmes atteintes de ces craintes qui me poussent à souhaiter que l'histoire de famille s'arrête là et que la génération actuelle se libère de cette affreuse peur de "perdre ses enfants".  Que la parole libère de cette histoire qui ne nous concerne pas, qui ne nous regarde pas, qui date depuis la soi-disant mort d'un "fiancé" de la grand-mère paternelle, d'un certain Pierre qui encombre la mémoire familiale inutilement depuis trois générations. Alors voilà, il est MORT dans son avion, jeune, et on s'en fout, mais alors complètement. C'était lui, c'était elle. Pourquoi nous avoir afflubé de son prénom dans nos prénoms ? Quand on m'appelle, j'arrive suivie de l'intru. Sans jamais pouvoir m'en séparer car on a collé Marie à Pierre avec un tiret6 !  On n'a plus envie de ce cadavre dans les placards de Montesquieu ! Chacun son histoire. Que mes enfants rejettent et se libèrent de cette souffrance morale.

Pendant que les chiens oeuvraient, je marchais longuement dans les sous-bois, lorsque un tipi attira mon attention.


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Une aire bien dégagée, des rondins de bois pour se chauffer, une plate de forme aménagée s'offraient à nos yeux. Un homme vit au milieu des bois, se rend à la ville en moto. Pourquoi pas ?
A bien y regarder, j'ai trouvé la salle de bain, agencée, ordonnée, à même le sol, utilisant un fin ruisseau, des planches, des tuiles, un miroir brisé, et une caissette de bois recouverte de tuiles pour l'abriter. Une cuvette en alu posée sur une table attendait.




Vue de dessus, en repartant, elle présente une discrétion écologique notable


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A bien y regarder, je voyais une cabane, dont je supposais l'usage, sans aucune certitude. L'habitant de ces lieux n'étant pas là, nous sommes repartis pour regagner les hauts du vallon.

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Pour l'histoire de ce plan de chasse, nous avons eu la possibilité au cours de la remontée dans les sous-bois d'entendre à un moment donné un bruit  suivi de "M@rie photo". Deux cerfs, une biche cavalaient vers nous à toute vitesse, faisant bruisser les feuilles jonchant le sol. Eh bien ...stressée.. je n'ai pas pu appuyer sur le bon bouton de mon appareil... pas de photo...les cerfs dès qu'ils nous ont vu à 20 mètres environ ont bifurqué pour se perdre dans le bois.

Ce sont les fusils qui parlèrent dans l'après-midi. Mon appareil photo ne portait aucune trace de  ma chasse à l'image...ZUT et REZUT.


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J'espère bien revivre de tels moments de chasse à l'image dans cette Ariège, au pied des Pyrénées.


Photos M@rie 2007


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